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Léo Schnug, peintre de jadis et naguère 

par Hermin Sirel

Si vous n’avez jamais entendu parler de Léo Schnug, il est certain que ses illustrations ne vous sont pas inconnues, tant elles font partie intégrante du patrimoine iconographique alsacien. Partez à leur recherche ! Vous ferez alors la connaissance de l’imaginaire historique, romanesque, mais aussi onirique et mélancolique de cet artiste remarquable.

Né à Strasbourg en 1878, Léo Schnug est cruellement marqué dès son jeune âge par la disparition de sa sœur aînée et l’internement psychiatrique de son père, greffier d’origine allemande. Devenue logeuse pour subvenir à leurs besoins, sa maman accueille toute une population de voyageurs auprès desquels Léo enrichit son imagination. En effet, plutôt que celle de ses livres et de ses cahiers dont il se débarrasse régulièrement en les jetant dans l’Ill, Schnug préfère la compagnie des soldats et des fonctionnaires avec lesquels il joue au cartes ou même encore celle de comédiens qui lui font découvrir coulisses et costumes de scène du théâtre municipal de Strasbourg.

Tout cela ne manquera pas d’inspirer son trait. Léo effectue, avec plus d’implication cette fois, ses études à l’école des arts décoratifs de Strasbourg et décroche son premier contrat à 17 ans auprès de l’éditeur viennois Gerlach & Schenck. En 1898, il s’inscrit à l’Akademie der Bildenden Künste de Munich, où malgré un enseignement classique plutôt orienté vers l’historicisme, il développe un style bien à lui, clairement inspiré par l’avant-garde art nouveau et Jugendstil émergeant en Europe. Il se plonge cependant si intensément dans la vie estudiantine que sa mère l’en extrait manu militari pour un séjour de désintoxication alcoolique incognito en Suisse.

Revenu à Strasbourg et à nouveau établi chez sa mère, Léo Schnug expose ses premières œuvres à la Galerie d’art alsacienne. S’adaptant au marché local, il exploite avec talent la veine néo-médiévaliste laissée par l’illustrateur Joseph Sattler et répond alors avec rapidité et précision aux très nombreuses commandes qui lui sont faites de fresques, illustrations d’ex-libris, de cartes postales, d’affiches mais aussi dessins de costumes pour l’Opéra. Joyeux drille quoique peu amateur de mondanités, Schnug cultive un goût du costume historique et militaire qui s’exprime avec la complicité de ses amis, provoquant d’amusants coups d’éclats pour lequel il est connu dans toute la ville tout autant que pour ses fresques.

On les retrouve au château du Haut-Koenigsbourg, dans de nombreuses winstubs, mais aussi à la maison Kammerzell (1467), qui constitue l’une des plus anciennes et plus belles demeures strasbourgeoises. Les fresques que l’on peut y admirer témoignent tout autant du talent exceptionnel de Schnug que de la mélancolie, de la détresse mentale qui l’entrainera, tout comme son père, vers la folie et la mort. En effet, si l’on trouve, aux étages supérieurs, de riantes scènes villageoises, les thèmes explorés dans le caveau du rez-de-chaussée (Le Supplice de Tentale, La Nef des Fous et Le repas du condamné) sont plus sombres et annonciateurs de son propre effondrement… la fin d’un personnage strasbourgeois follement attachant !



Vos chic avis


/ Où ?

Maison Kammerzell 
16 Place de la Cathédrale
67000 STRASBOURG

/ Infos supplémentaires

Les fresques exceptionnelles
du peintre Léo Schnug sont 
à découvrir à la maison Kammerzell
des étages supérieurs au rez-de-chaussée.
Son histoire aussi vaut la peine
d'être connue !

> une biographie plus complète
de Léo Schnug